logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

01/11/2007

3 - AUX URGENCES.

Nous roulons vers l'hôpital, allongé sur mon chariot, j'ai une vision restreinte de mon environnement. Au plafond, un éclairage assez violent qui réfléchit la blancheur de la cabine, donne un aspect spectral à l'ensemble.

A ma gauche, l'infirmière, une grande blonde à l'accent slave m'adresse un sourire confiant en essayant de dissimuler un bâillement. Elle a un coup de barre et me dit que cela fait douze heures qu'elle est sur la brèche. A ce train là, il n'est pas étonnant d'avoir envie de repos.

Le toubib est assis à côté d'elle, les jambes croisées, il remplit ce que je pense être un rapport sur mon cas – En même temps, il me pose certaines questions.
- Vous faites quoi dans la vie ?
- Je suis représentant.
- Ah oui ! En quoi ?
- Objets de communications - Briquets, stylos, Tee-shirts, vous voyez ?
- Oui, bien sur, et ça marche?
- Bof! Pas terrible en ce moment, la conjoncture ne nous aide pas, les gens sont "frileux" et ont peur de l'avenir.
Il est vraiment sympa ce Doc. J'ai l'impression qu'il entretien la conversation pour m'éviter de penser et il y arrive très bien car je sens l'ambulance qui s'arrête, nous sommes arrivés et je n'ai pas vu les vingt kilomètres passer.

Nous sommes à présent dans le sas des urgences de Hôpital, on me descend de l'ambulance, et après avoir passé deux grandes portes à double sens, l'on me conduit au travers d'un long dédale de couloirs éclairés seulement par les blocs de secours. On roule vite, j'ai la sensation d'être un personnage important, mes quatre compagnons m'escortent tel des motards - Deux devant, deux derrière et roulez jeunesse ...
Stop - Terminus; nous sommes arrivés-le chariot est amené à côté d'un lit qui semble n'attendre que moi.

Je fais connaissance avec une nouvelle équipe de fourmis qui m'attrapent chacune d'un côté et me font glisser du chariot sur le lit.

La chambre ressemble à une régie de télévision, il y a des écrans partout, des appareils bizarres et étranges dont je connaîtrais l'utilité plus tard.

Les fourmis s'activent autour de moi comme si j'étais la reine - on me colle des électrodes partout qui sont reliés à un écran de contrôle au dessus de ma tête ¬mes bras sont pris d'assaut par des perfusions diverses et variées.
Il est deux heures du matin.

L'équipe du SAMU vient me dire au revoir. La grande blonde slave se penche sur moi et me gratifie d'un bon gros baiser sur la joue et en partant me passe amicalement la main sur le pied. Quand au Doc., il me serre la main chaleureusement sans un mot, mais son regard et sa poignée de main valent mieux qu'un long discours.

Quelque part je sais que je lui dois d'être encore là et si la vie veut que nos chemins se croisent un jour, j'aimerai pouvoir lui dire Merci.

Je tourne la tête à gauche ou se trouve un autre lit sur lequel je distingue un homme dont les yeux sont recouvert d'un cache comme l'on vous en prête la nuit dans les avions, et qui le fait ressembler à une grosse mouche.

J'espère pour lui qu'il a aussi des boules dans les oreilles, car vu l'effervescence qui règne de mon côté, son repos a dut être perturbé.
Autour de moi, on continue d'aller et venir, on chuchote sur mon cas, l'on m'installe de mieux en mieux, m'interroge.



- Ça va Monsieur, pas de douleurs?
- Non pour l'instant c'est OK.
- Bien, si vous ressentez quoique ce soit, appelez-nous.
On me montre la sonnette d'urgence, me branche le téléphone. Une infirmière me dit :
- Voici votre code pour obtenir l'extérieur, je vous fais connecter comme çà vous pourrez appeler votre femme;

J'ai hâte en effet de pouvoir la joindre et la rassurer, car elle doit tourner en rond comme une lionne en cage. Je compose le code puis le numéro de la maison et bien sur comme un malheur n'arrive jamais seul, cela ne marche pas.
Après trois tentatives infructueuses, je sonne à la garde. ..
- Je suis désolé mais je ne puis obtenir mon numéro!
- Attendez, je vais voir et je reviens.

Cinq minutes passent - Retour de l'infirmière.
- Effectivement, vous n'êtes pas branché car cela est fait par informatique et à cette heure-ci, il n'y a plus personne.
Je lui demande:
- Pouvez-vous l'appeler de votre bureau pour lui donner des nouvelles ?
- Bien sur, ne vous inquiétez pas, je m'en occupe.
- Merci beaucoup, vous êtes bien gentille.

J'aurai préféré l'avoir moi-même, lui dire que j'allais bien, que je l'aimais et quelle me manquait déjà beaucoup.

Ce qui est bizarre dans tout cela, ce n'est qu'un aucun moment je n'ai eu peur de mourir, l'idée m'a effleuré l'esprit bien sur mais le lien d'amour qui nous attache l'un a l'autre me semble si solide que ce n'est pas l'Autre avec sa grande faux, qui pourrait le couper si facilement.

Je verrais arriver le jour doucement sans avoir pu dormir vraiment mais quelle importance - Il y aura bien d'autres nuits...




****

31/10/2007

2 - UN COEUR SUR LE CARREAU.

Mercredi 12 Mars 21 heures 30, nous regardons, ma femme et moi la télévision. A dire vrai nous ne sommes pas spécialement intéressés par le programme. Nous savourons enfin le travail de ces quatre derniers jours - le réarrangement d'un appartement n'est pas chose aisée.

Cela faisait dix ans que nous dormions dans un double living et, après le départ de nos enfants, nous avions récupérés deux pièces. L'une deviendra mon bureau, l'autre notre chambre.

Les quelques travaux de remise à neuf opérés, nous avions couchés pour la première fois dans celle-ci le Dimanche précédant.
Encore fallait-il redonner au living une nouvelle vie, et c'est donc après trois jours d'efforts, de différentes réflexion et autres déplacements de meubles et bibelots, que nous en étions enfin arrivés à contempler notre œuvre ... Nous étions heureux, comme d'habitude de partager ce moment de complicité qui nous unit depuis maintenant dix ans.


Je me lève un instant afin de me servir un petit digestif qui me semble bien mérité; Soudain tout bascule, une vive douleur me serre la poitrine comme un étau, j'ai la gorge serrée, ma femme m'interroge.
- Ca ne va pas ?
- Pas très bien, mais ça va passer, ce doit être nerveux.

Il est vrai que depuis quelques temps, j'ai des soucis avec mon travail, les affaires sont difficiles et je suis dans un état de stress permanent.

La douleur s'accentue et de plus, descend dans mon bras gauche. Une insensibilité gagne progressivement mon annulaire ainsi que l'auriculaire. Je respire mal avec cette pince qui me comprime la poitrine. Ma femme est de plus en plus inquiète, cela fait maintenant un quart d'heure que je suis dans cet état.
- Veux - tu que j'appelle Bruno ?
Bruno est mon médecin et ami depuis maintenant 25 ans. Des liens sportifs nous unissent car nous avons fait de la plongée sous-marine ensemble pendant de nombreuses années.
De plus, c'est un excellent médecin au diagnostique sûr, et j'ai une entière confiance en lui. Malheureusement, il est absent et son secrétariat nous dirige sur une liste de médecins de garde.

Je ne suis pas du genre à me plaindre, mais là, je commence à paniquer. Un médecin répond enfin à notre appel. Le temps passe, cela fait maintenant une
Demi-¬heure que mon malaise a commencée et dans ces moments-là, chaque minute ressemble à une éternité.

Enfin on sonne à l'interphone, entre temps je me suis allongé sur le lit de repos récemment installé. J’ai l’impression que mon cerveau tourne au ralentit.

J'entends l'ascenseur qui arrive à notre étage, la porte s'ouvre et aperçois enfin le médecin dans l'encadrement de la porte.
- Bonjour Monsieur.
- Bonjour Docteur.
Ma voix n'est pas très assurée, j'ai la gorge et les lèvres sèches à force de respirer par la bouche à petits coups. De plus j’ai la sensation d’avoir la mâchoire crispée.
- Vous avez quel âge?
- Cinquante et un ans.
- Vous fumez?
-Oui.
- Combien?
- Environ un paquet par jour.
- Avez-vous du cholestérol ?
- Oui, je suis d'ailleurs traité pour cela.

Ma femme est là debout, je la sens inquiète, voire un peu perdue, elle voudrait pouvoir m'aider. Le docteur lui demande de résumer brièvement les conditions dans lesquels sont survenus les douleurs.
Il prend ma tension: 18 - 9

J'ai toujours mal, je me demande ce qu'il attend pour faire quelque chose car en fait j'ai compris ce qui m'arrive mais le mot fatidique n'a pas encore franchi ses lèvres. Enfin il s'approche de moi.
- Ouvrez la bouche et soulevez la langue.

Il me vaporise un spray très mentholé. Je l'entend déchirer un sachet, et il me colle un patch sur la poitrine côté cœur.
- Ca va mieux ? demande – t’il
- Un peu.
La douleur est toujours là, légèrement moins intense mais toujours cette sensation de bras ankylosé.

Enfin le verdict tombe.
- Il faut appeler le SAMU, il est sûrement en train de faire un infarctus.

Le grand mot est lâché - j'ai la trouille d'autant que j'ai perdu ma mère il y a dix ans de la même façon. Le médecin essaye de rassurer mon épouse dont le visage reflète l'inquiétude et l'angoisse.
- Ne vous affolez pas, ils font tout ce qu'il faut sur place.
B'en voyons, bien sûr, encore faut-il qu'ils soient là. Il appel donc le SAMU, donne un maximum de renseignement sur moi.
- OK on vous rappelle pour vérification.

Il est vrai qu'avec tous les plaisantins d'aujourd'hui, ils sont obligés de prendre des précautions.

Le temps passe, la douleur non.
Je regarde ma montre et j'ai l'impression que les aiguilles sont figées. Il est 22 heures 45.
Vingt trois heures, le téléphone sonne, c'est le SAMU; ils sont un peu perdu - il est vrai que notre rue comporte deux immeubles avec le même numéro - en réalité, ils sont à 200 mètres de la maison.
On sonne, ça y est, ils sont enfin là - j'ai toujours mal mais quelque part je vais mieux dans ma tête.

A partir de ce moment, tout va aller très vite.

Ils sont quatre, trois hommes et une femme. En quelques instants, la pièce est transformée en hôpital de campagne.
On décroche un tableau, on le remplace par une perfusion, on pousse les meubles, ils leurs faut de l’espace, et moi de l’air…

L'on se croirait à la télévision dans "Urgences" mais là, la scène est réelle et à mon avis on ne pourra pas la tourner deux fois.

Le médecin du SAMU se renseigne auprès de son confrère qui est resté jusqu'à leur arrivée.
Les trois autres tels des fourmis, vont et viennent en geste précis - chacun a une tache bien spécifique - il faut faire vite car plus le temps passe, plus les dégâts peuvent être importants. Il faut éviter au maximum que le cœur ne soit blessé.

Le médecin de garde s'en va et me confie aux soins de ses collègues.
La douleur s'est estompée, je respire mieux.

On me fait un électrocardiogramme qui semble normal.
Pour le médecin du SAMU, un type sympa, cheveux frisés; on dirait un peu Alain PROST, cela ne veut rien dire car un électro normal peut cacher quand même l'infarctus. Différents degrés existent et rien ne doit être laissé au hasard.

D'un seul coup, la douleur revient de plus belle. ¬Panique, re-spray sous la langue - piqûre - contrôles divers - je suis un peu dans le brouillard - les quatre
"SAMU-SQUETAIRES" se battent à mes côtés, et à force de fendre et pourfendre, parviennent à terrasser la douleur qui m'oppresse.

Il est minuit.

Avec tous les produits qu'ils m'ont injectés, je suis un peu dans les vapes mais au moins je respire normalement et je n'ai pratiquement plus mal.

Il faut néanmoins m'hospitaliser et trouver une place dans une U.S.I.C (Unité de Soins Intensif Cardiaque). Deux trois coups de téléphone de mon sympathique médecin et hop on m'embarque illico via l'hôpital du Chesnay. Un fauteuil roulant m'amènera au RDC de notre immeuble où m'attend déjà un chariot.

J'ai à peine le temps d'embrasser ma femme qui ne comprend pas bien ce qui arrive tellement cela est rapide.
Si la douleur physique à disparue, une autre m'assaille l'esprit - j'ai l'impression de partir comme un voleur, pas le temps de lui dire que je l'aime, de la prendre dans mes bras, de sentir son parfum ...

Certains sont descendus un jour chercher des cigarettes et ne sont jamais revenus...

On m'installe sur le chariot, me branche divers appareils qui bips-bips et clignotent, j'ai l'impression de ressembler à un Martien. Enfin on me glisse dans une ambulance,

Ma femme est à la fenêtre de notre cuisine et j'ai juste le temps de lui faire un signe de la main avant que les portes ne se referment.
Les gyrophares bleus illuminent la nuit noire au travers des carreaux opaques.

Cela ne se voit pas, mais mon cœur pleure.




*****

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique