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31/10/2007

2 - UN COEUR SUR LE CARREAU.

Mercredi 12 Mars 21 heures 30, nous regardons, ma femme et moi la télévision. A dire vrai nous ne sommes pas spécialement intéressés par le programme. Nous savourons enfin le travail de ces quatre derniers jours - le réarrangement d'un appartement n'est pas chose aisée.

Cela faisait dix ans que nous dormions dans un double living et, après le départ de nos enfants, nous avions récupérés deux pièces. L'une deviendra mon bureau, l'autre notre chambre.

Les quelques travaux de remise à neuf opérés, nous avions couchés pour la première fois dans celle-ci le Dimanche précédant.
Encore fallait-il redonner au living une nouvelle vie, et c'est donc après trois jours d'efforts, de différentes réflexion et autres déplacements de meubles et bibelots, que nous en étions enfin arrivés à contempler notre œuvre ... Nous étions heureux, comme d'habitude de partager ce moment de complicité qui nous unit depuis maintenant dix ans.


Je me lève un instant afin de me servir un petit digestif qui me semble bien mérité; Soudain tout bascule, une vive douleur me serre la poitrine comme un étau, j'ai la gorge serrée, ma femme m'interroge.
- Ca ne va pas ?
- Pas très bien, mais ça va passer, ce doit être nerveux.

Il est vrai que depuis quelques temps, j'ai des soucis avec mon travail, les affaires sont difficiles et je suis dans un état de stress permanent.

La douleur s'accentue et de plus, descend dans mon bras gauche. Une insensibilité gagne progressivement mon annulaire ainsi que l'auriculaire. Je respire mal avec cette pince qui me comprime la poitrine. Ma femme est de plus en plus inquiète, cela fait maintenant un quart d'heure que je suis dans cet état.
- Veux - tu que j'appelle Bruno ?
Bruno est mon médecin et ami depuis maintenant 25 ans. Des liens sportifs nous unissent car nous avons fait de la plongée sous-marine ensemble pendant de nombreuses années.
De plus, c'est un excellent médecin au diagnostique sûr, et j'ai une entière confiance en lui. Malheureusement, il est absent et son secrétariat nous dirige sur une liste de médecins de garde.

Je ne suis pas du genre à me plaindre, mais là, je commence à paniquer. Un médecin répond enfin à notre appel. Le temps passe, cela fait maintenant une
Demi-¬heure que mon malaise a commencée et dans ces moments-là, chaque minute ressemble à une éternité.

Enfin on sonne à l'interphone, entre temps je me suis allongé sur le lit de repos récemment installé. J’ai l’impression que mon cerveau tourne au ralentit.

J'entends l'ascenseur qui arrive à notre étage, la porte s'ouvre et aperçois enfin le médecin dans l'encadrement de la porte.
- Bonjour Monsieur.
- Bonjour Docteur.
Ma voix n'est pas très assurée, j'ai la gorge et les lèvres sèches à force de respirer par la bouche à petits coups. De plus j’ai la sensation d’avoir la mâchoire crispée.
- Vous avez quel âge?
- Cinquante et un ans.
- Vous fumez?
-Oui.
- Combien?
- Environ un paquet par jour.
- Avez-vous du cholestérol ?
- Oui, je suis d'ailleurs traité pour cela.

Ma femme est là debout, je la sens inquiète, voire un peu perdue, elle voudrait pouvoir m'aider. Le docteur lui demande de résumer brièvement les conditions dans lesquels sont survenus les douleurs.
Il prend ma tension: 18 - 9

J'ai toujours mal, je me demande ce qu'il attend pour faire quelque chose car en fait j'ai compris ce qui m'arrive mais le mot fatidique n'a pas encore franchi ses lèvres. Enfin il s'approche de moi.
- Ouvrez la bouche et soulevez la langue.

Il me vaporise un spray très mentholé. Je l'entend déchirer un sachet, et il me colle un patch sur la poitrine côté cœur.
- Ca va mieux ? demande – t’il
- Un peu.
La douleur est toujours là, légèrement moins intense mais toujours cette sensation de bras ankylosé.

Enfin le verdict tombe.
- Il faut appeler le SAMU, il est sûrement en train de faire un infarctus.

Le grand mot est lâché - j'ai la trouille d'autant que j'ai perdu ma mère il y a dix ans de la même façon. Le médecin essaye de rassurer mon épouse dont le visage reflète l'inquiétude et l'angoisse.
- Ne vous affolez pas, ils font tout ce qu'il faut sur place.
B'en voyons, bien sûr, encore faut-il qu'ils soient là. Il appel donc le SAMU, donne un maximum de renseignement sur moi.
- OK on vous rappelle pour vérification.

Il est vrai qu'avec tous les plaisantins d'aujourd'hui, ils sont obligés de prendre des précautions.

Le temps passe, la douleur non.
Je regarde ma montre et j'ai l'impression que les aiguilles sont figées. Il est 22 heures 45.
Vingt trois heures, le téléphone sonne, c'est le SAMU; ils sont un peu perdu - il est vrai que notre rue comporte deux immeubles avec le même numéro - en réalité, ils sont à 200 mètres de la maison.
On sonne, ça y est, ils sont enfin là - j'ai toujours mal mais quelque part je vais mieux dans ma tête.

A partir de ce moment, tout va aller très vite.

Ils sont quatre, trois hommes et une femme. En quelques instants, la pièce est transformée en hôpital de campagne.
On décroche un tableau, on le remplace par une perfusion, on pousse les meubles, ils leurs faut de l’espace, et moi de l’air…

L'on se croirait à la télévision dans "Urgences" mais là, la scène est réelle et à mon avis on ne pourra pas la tourner deux fois.

Le médecin du SAMU se renseigne auprès de son confrère qui est resté jusqu'à leur arrivée.
Les trois autres tels des fourmis, vont et viennent en geste précis - chacun a une tache bien spécifique - il faut faire vite car plus le temps passe, plus les dégâts peuvent être importants. Il faut éviter au maximum que le cœur ne soit blessé.

Le médecin de garde s'en va et me confie aux soins de ses collègues.
La douleur s'est estompée, je respire mieux.

On me fait un électrocardiogramme qui semble normal.
Pour le médecin du SAMU, un type sympa, cheveux frisés; on dirait un peu Alain PROST, cela ne veut rien dire car un électro normal peut cacher quand même l'infarctus. Différents degrés existent et rien ne doit être laissé au hasard.

D'un seul coup, la douleur revient de plus belle. ¬Panique, re-spray sous la langue - piqûre - contrôles divers - je suis un peu dans le brouillard - les quatre
"SAMU-SQUETAIRES" se battent à mes côtés, et à force de fendre et pourfendre, parviennent à terrasser la douleur qui m'oppresse.

Il est minuit.

Avec tous les produits qu'ils m'ont injectés, je suis un peu dans les vapes mais au moins je respire normalement et je n'ai pratiquement plus mal.

Il faut néanmoins m'hospitaliser et trouver une place dans une U.S.I.C (Unité de Soins Intensif Cardiaque). Deux trois coups de téléphone de mon sympathique médecin et hop on m'embarque illico via l'hôpital du Chesnay. Un fauteuil roulant m'amènera au RDC de notre immeuble où m'attend déjà un chariot.

J'ai à peine le temps d'embrasser ma femme qui ne comprend pas bien ce qui arrive tellement cela est rapide.
Si la douleur physique à disparue, une autre m'assaille l'esprit - j'ai l'impression de partir comme un voleur, pas le temps de lui dire que je l'aime, de la prendre dans mes bras, de sentir son parfum ...

Certains sont descendus un jour chercher des cigarettes et ne sont jamais revenus...

On m'installe sur le chariot, me branche divers appareils qui bips-bips et clignotent, j'ai l'impression de ressembler à un Martien. Enfin on me glisse dans une ambulance,

Ma femme est à la fenêtre de notre cuisine et j'ai juste le temps de lui faire un signe de la main avant que les portes ne se referment.
Les gyrophares bleus illuminent la nuit noire au travers des carreaux opaques.

Cela ne se voit pas, mais mon cœur pleure.




*****

Commentaires

Ouf, quelle aventure !!! J'ai hâte d'en connaître la suite et surtout comment tu te relèves de ce traumatisme....car je suis sûre que c'est un traumatismes que de vivre un moment aussi critique qui arrive brutalement, sans crier gare...au moment où on s'y attend le moins....n'avais tu pas eu de signaux d'alerte pendant tous ces travaux, avant l'infarctus ?

Écrit par : Anne-Marie | 31/10/2007

Malaise vagal, tiens-tiens ! Je sais ce que c'est car j'en ai eu deux mais très espacés dans le temps. Aussi, je fais désormais attention à moins manger, car ces malaises se produisaient chez moi après un gros repas.

Comment vas-tu aujourd'hui Gilles ? As-tu arrêté de fumer ?

Merci de me répondre,

Aliette

Écrit par : Aliette | 01/11/2007

je viens de lire votre "saga" et vous dis que je suis de tout "coeur" avec vous, prenez soin de vous,

amicalement
béatrice

Écrit par : beatrice | 09/11/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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